Qu’est-ce qu’un réseau social ?

QU’EST CE QUE SONT LES RÉSEAUX SOCIAUX?

C’est ce qu’a essayé de synthétiser Pierre Merklé dans son livre « Sociologie des réseaux sociaux », réédité en 2011 par les éditions La Découverte.
Au-delà des Twitter, Facebook ou autres réseaux, cet ouvrage permet de faire le point sur les concepts et analyses sociologiques des structures sociales.

Contrairement aux idées reçues, la notion de « réseau social» est utilisée pour la première fois en 1954 par John A. Barnes. Mais les sociologues prêtent volontiers l’origine de l’analyse des réseaux sociaux au philosophe et sociologue Georg Simmel (1858-1918).
La sociologie de Simmel s’attache, non pas au contenu des interactions, mais à leurs formes qui présentent une certaine régularité et stabilité. Elle considère également que les interactions sont à la fois issus de comportements individuels et en constituent le cadre et donc les influencent. Ainsi pour Simmel, l’objet d’étude de la sociologie doit se faire à un niveau intermédiaire, mésosociologique, c’est-à-dire entre l’étude de l’individu (microsociologique) et l’étude de la société dans son ensemble (macrosociologique).

Un réseau social peut être défini comme un ensemble d’unités sociales reliées par les interactions qu’elles entretiennent entre elles. L’analyse des réseaux sociaux s’attache donc à étudier les interactions sociales qui structurent les comportements individuels et sont structurées par eux.
Un réseau doit être composé d’au moins trois unités sociales ou « triade » pour être considéré comme tel. Une triade n’est pas la somme de trois individus, ni de trois relations interpersonnelles, mais une combinaison de relations. Celles-ci peuvent être asymétriques, affectives, faire l’objet de stratégies, etc. Par contre, un réseau n’a pas de délimitation tranchée, même si certains sociologues, tels que Stanley Milgram en 1967, ont démontré qu’en moyenne 5 intermédiaires séparent deux individus.

Plusieurs méthodologies sont utilisées pour étudier les réseaux sociaux. Jacob Lévy Moreno invente dans les années 30 la sociométrie qui consiste à représenter de manière géométrique le monde social ; une méthodologie reprise sur Internet par la cartographie des réseaux. Dans cette continuité, la théorie des graphes apparue dans les années 40 permet de représenter de manière graphique les réseaux de relations et donc de mieux les visualiser.

Cependant, la représentation graphique peut s’avérer incompréhensible lorsque le réseau étudié est important.

D’autre part, comme l’affirme Claire Lemercier, il faut se méfier de l’illusion objectiviste entretenue par les représentations graphiques, dans la mesure où certains liens sont survalorisés. C’est pour surmonter ces limites que ce s’est développé le recours à l’algèbre et au calcul matriciel qui permettent de meilleures comparaisons. D’ailleurs la représentation matricielle a supplanté les sociogrammes avec le développement de l’informatique.

 

GAGNER EN SOCIABILITE

« Avoir des amis c’est avoir du pouvoir » disait Hobbes. C’est pourquoi selon des sociologues comme Nan Lin, le temps consacré à ses amis, à son « capital social », doit être équivalent à celui du capital économique et culturel. Cependant avoir un réseau important, ne signifie pas avoir beaucoup d’amis proches. Au contraire, les sociologues ont montré qu’avoir uniquement des amis proches, selon les adages « les amis de mes amis sont mes amis » et « qui se ressemble s’assemble », enferme l’individu dans une endogamie.
Un réseau devient intéressant avec la présence de ce que Granovetter appelle les « liens faibles». Ce chercheur définit la force d’un lien selon « une combinaison de la quantité de temps, de l’intensité émotionnelle, de l’intimité et des services réciproques qui caractérisent ce lien ». Pour lui, les liens forts ne permettent que de constituer des « cliques », des réseaux où chaque membre est lié aux autres. Au contraire, les « liens faibles », peu intenses, permettent de faire des ponts reliant deux cliques différentes. « Les individus avec qui on est faiblement lié ont plus de chance d’évoluer dans des cercles différents et ont donc accès à des informations différentes de celles que l’on reçoit. ».
En parallèle, Ronald Burt définis les « trous structuraux » : deux individus ou plus sont liés à la même personne mais ne sont pas liés entre eux. Ces trous structuraux permettent de donner un avantage informationnel à un individu, puisqu’il connaît des membres du réseau qui ne se connaissent pas entre eux et donc il peut les mettre en concurrence. Ceci est surtout valable dans un contexte commercial. Ainsi pour Ronald Burt, un acteur rationnel doit multiplier son nombre de relations tout en veillant à maximiser les trous structuraux, c’est-à-dire à minimiser les connexions entre ses relations. En plus, de démontrer l’autonomie de l’acteur en position de force, celui-ci doit également occuper une position centrale au sein du réseau.

 

INTERNET : UN “ESPACE SOCIAL CARNAVALESQUE”

L’émergence des réseaux sociaux digitaux ont vu apparaître des concepts comme le « friending » qui n’est qu’une reprise de celui de lien faible. Les conversations privées prennent place dans l’espace public, ce qui engendre une « communication interpersonnelle de masse » (Baym) et crée de nouvelles problématiques liées à la pudeur, la privacy, etc. Les identités sur Internet se construisent à travers le regard permanent de l’autre, c’est ce que Charles Cooley appelle le « looking glass self ». Le réseau grandit avec l’exposition de soi, mais les préférences sont dépendantes des interactions qu’elles suscitent avec les autres membres du réseau : ce qui crée, selon Pierre Merklé, une homogénéisation culturelle mainstream où les goûts deviennent banals et consensuels.

Les réseaux sociaux en ligne sont loin de révolutionner les structures sociales. Au contraire, selon Flichy, Internet serait le produit de l’autonomie et du fonctionnement en réseau. Mais, les réseaux sociaux en ligne sont l’objet d’étude de nombreux chercheurs, dans la mesure où ils fournissent un important corpus de données et à moindre coût utiles pour documenter et mieux comprendre les structures sociales.

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